août 18 2010
Sophia Serseri, sourire d’ange et mental d’acier

Les Jeux olympiques de la jeunesse se déroulent en ce moment à Singapour. Parmi les engagés français figure Sophia Serseri, plus jeune athlète de la délégation et belle chance de médaille. Rencontre avec le petit phénomène de la gymnastique tricolore…
Après plus de quatre heures d’entraînement, à enchaîner les rondades, flips, double vrille, elle transpire à peine. Et n’est même pas fatiguée. « Non ça va, je suis contente. Ça devrait le faire ! » sourit Sophia, le regard rieur alors qu’il y a encore quelques minutes, s’élançant pour une dernière diagonale au sol, elle arborait un visage fermé, concentré, impassible. Sophia Serseri, gymnaste, est, à 14 ans, la plus jeune athlète de la délégation française, en lice pour les tout premiers Jeux olympiques de la Jeunesse, ouverts samedi à Singapour. A la voir grimper sur la poutre, si petite, si menue – 1,50 m pour 38 kg –, on peine à imaginer qu’elle puisse tenir la dragée haute aux gymnastes russes, chinoises, roumaines, plus âgées et plus musclées aussi. Et pourtant. « On n’est pas impressionnées, assure sa coach, Dominique Aubry. Il y a clairement du niveau mais Sophia peut sortir des qualifications et affronter les dix-huit meilleures. » La petite, seule gymnaste féminine sélectionnée pour représenter la France, ne tremble pas. La queue-de-cheval fermement retenue par une dizaine de barrettes, elle s’enduit la paume des mains de magnésie, une sorte de talc blanc destiné à absorber la sueur, et s’enroule autour des barres asymétriques.
Ses parents l’ont inscrite à l’âge de 4 ans dans un cours de gym « parce que je sautais dans tous les sens », explique Sophia. C’est le coup de foudre. Elle n’est qu’en CM1 quand le Club Alliance de Dijon la repère. « Elle avait le gabarit idéal et n’était ni trop hypertonique ni trop souple comme un chewing-gum », se souvient Dominique, qui la suit depuis cinq ans. Leur duo respire la complicité. « Petite, elle venait tout le temps s’asseoir sur nos genoux. Je craignais qu’on n’arrive jamais à être assez durs avec elle pour la faire avancer. Elle est tellement attachante, c’est une bonne gamine, naturelle, toujours positive. »
En septembre dernier, l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (INSEP) repère à son tour cette graine de championne à la volonté de fer. C’est le départ, pour Paris, loin de sa commune de Chevigny-Saint-Sauveur, en Côte-d’Or. « Ma femme et moi avons eu un pincement au cœur, explique son père, Ahmed, chef d’entreprise d’origine algérienne. Mais la voir rentrer le week-end à la maison avec le sourire, et repartir le dimanche soir avec ce même sourire nous a rassurés. La gym, c’est son rêve, pas le nôtre. » Sophia, derrière son regard plein d’innocence et sa douceur, sait ce qu’elle veut. Depuis un an, elle enchaîne sans ciller vingt heures de cours et vingt-huit heures de gym par semaine. Plus les compétitions, aux quatre coins du monde : les Gymnasiades au Qatar fin 2009, où elle termine finaliste au sol, les Championnats d’Europe juniors au Royaume-Uni en avril, où elle atteint la finale au saut de cheval. Cet été, à cause des Jeux olympiques, elle ne s’est octroyée qu’une semaine de vacances en Tunisie avec ses parents et son frère, lui-même champion de France de boxe. « Et encore, elle enchaînait les saltos au bord de la piscine ! » raconte son entraîneur. « Je n’ai jamais de temps libre. Mais ça ne me manque pas vraiment, je n’ai pas le temps d’y penser », glisse Sophia. Elle n’y a jamais goûté, non plus. Son seul loisir, c’est le chant : fan de la comédie musicale pour adolescents High School Musical, elle rêve de percer un jour sur scène, quand elle aura raccroché le justaucorps. Scolarisée en troisième, elle vient de passer son brevet, avec mention. Visant à terme un bac scientifique, elle veut devenir dermatologue. Il faut dire que les gymnastes prennent leur retraite tôt, vers l’âge de 20 ans seulement. Après, le corps est trop usé pour enquiller les grands écarts, lunes et autres twists. « Moi je grandirai plus tard », assure la jeune athlète, qui devrait pourtant être en pleine croissance. Du coup, elle a mal aux articulations, un jour aux genoux, aujourd’hui au poignet droit. Mais elle ne se plaint pas. Les douleurs, le stress intense de se comparer aux meilleures, la fatigue du décalage horaire ? Ça n’a pas vraiment l’air de l’atteindre. « Je n’ai jamais envie de laisser tomber », lâche-t-elle.
Objectif : Londres 2012
C’est l’hiver prochain, lors des Championnats du monde de gymnastique, qu’elle tentera de se qualifier pour les Jeux de Londres. D’ici là, elle espère gagner en souplesse. Assurer ses jambes, qui ont tendance à trembloter sur la poutre. Peaufiner son anglais, pour pouvoir répondre aux interviews. A un journaliste singapourien qui lui demande le nom de son sportif préféré, elle répond, gênée : « Yes ». Reçue avec les autres athlètes de la délégation chez l’ambassadeur, elle sirote un jus de tomate en écoutant le discours des autorités olympiques. En réalité, elle et son entraîneur n’ont qu’une envie : retourner une dernière fois sur le praticable pour répéter, encore et encore, la vrille demie décalée. L’exigence n’a pas d’âge.
» Source: Laure de Charette pour France Soir

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